Dix ans d'expérimentations d'exosquelettes au travail

Les exosquelettes peuvent-ils prévenir l’usure professionnelle et favoriser le maintien dans l’emploi ? Dix années d’expérimentations à La Poste mettent en évidence leur potentiel, mais aussi les conditions, les limites et les risques associés à leur déploiement. Des enseignements consignés dans un article publié dans la revue « Hygiène & sécurité du travail » en septembre 2026.
Femme équipée d'un exosquelette et portant un carton volumineux
Femme équipée d'un exosquelette et portant un carton volumineux
janiecbros / iStock

Depuis la fin des années 2010, le groupe La Poste expérimente différents modèles d’exosquelettes dans les activités de tri, de manutention de colis et de préparation des tournées, afin de réduire les contraintes biomécaniques touchant notamment le dos, les épaules et les membres supérieurs. Ces dispositifs de prévention sont progressivement devenus des solutions de compensation pour favoriser le maintien ou le retour dans l’emploi de salariés dont l’état de santé est altéré.

Dans ce contexte, l'Agefiph accompagne La Poste depuis 2024 au titre de l'innovation, pour consolider ces expérimentations et co-construire un cadre méthodologique et juridique applicable à divers secteurs, notamment la logistique.

Les retours d’expérience montrent qu’un exosquelette ne peut être déployé comme une réponse technique isolée. Son introduction, pensée en complémentarité des autres modes de compensation, suppose un diagnostic ergonomique précis, une phase d’acculturation des salariés, des essais progressifs en environnement contrôlé puis en situation réelle, des réglages adaptés à chaque utilisateur et une période d’intégration accompagnée.

Dans une démarche de prévention, plusieurs salariés volontaires peuvent tester le dispositif, partager leurs observations et s’entraider pour les réglages, ce qui facilite son acceptation au sein du collectif.

En situation de maintien dans l’emploi, l’exosquelette est souvent porté par une seule personne et peut rendre visible une restriction médicale auparavant discrète. Il risque alors de susciter des plaisanteries, une stigmatisation ou un sentiment de mise à l’écart si le collectif n’a pas été suffisamment informé.

Le suivi dans la durée constitue un enseignement majeur. Le médecin du travail doit vérifier l’absence de contre-indication, mais aussi s’assurer que le dispositif reste compatible avec la pathologie, l’évolution de l’état de santé et les transformations du poste. L’exosquelette peut en effet soulager certains mouvements tout en reportant les efforts sur d’autres parties du corps. L’entretien, le rangement, la maintenance, la garantie et le remplacement du matériel doivent également être anticipés.

Les exosquelettes peuvent donc constituer un levier utile de prévention et de maintien dans l’emploi, à condition d’être intégrés dans une démarche collective, progressive et pluridisciplinaire (au sein de l'organisation mais aussi en dehors, avec notamment des acteurs comme Cap emploi, l'Agefiph ou encore les fournisseurs). Des enjeux juridiques - cadre réglementaire, responsabilités des parties prenantes - éthiques et organisationnels - dépendance à l'outil, visibilité du handicap - sont aussi à appréhender et à clarifier.

Publié le 05 Novembre 2026